Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 9, 2026

Sept nations retrouvent la Coupe du Monde après des décennies d’absence forcée

Pour certaines équipes, la Coupe du Monde est une rendez-vous régulier, presque routinier. Pour d’autres, c’est un événement générationnel, une occasion unique que leurs supporters n’ont pas connue depuis l’enfance – ou n’ont jamais connue du tout. À l’occasion de ce prochain Mondial organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sept nations effectuent un retour marquant sur la scène footballistique mondiale, après des absences qui se comptent en décennies.

Des retours qui transcendent le sport

La Coupe du Monde ne se réduit pas à une compétition sportive. Elle constitue, pour de nombreux pays, une fenêtre diplomatique, culturelle et identitaire. Participer au tournoi, c’est exister sur la carte mondiale du football – et, par extension, sur celle du monde tout court. C’est pourquoi les retours des nations longtemps absentes revêtent une signification qui dépasse largement les résultats sur le terrain.

La Turquie et l’Écosse n’ont plus disputé de phase finale depuis 1998 et 2002 respectivement. La Norvège et l’Autriche reviennent également après vingt-six ans de disette. Et trois autres nations – l’Irak, la République démocratique du Congo et Haïti – ont attendu encore bien plus longtemps : quarante ans pour l’Irak, cinquante ans pour les deux dernières. Ces retours ne sont pas anecdotiques. Ils témoignent de trajectoires footballistiques singulières, faites de restructurations, de crises et de renouveau.

Des générations dorées, enfin au rendez-vous

Ce qui frappe dans plusieurs de ces retours, c’est la qualité des effectifs qui les accompagnent. La Norvège illustre le mieux ce phénomène. Après de longues années à peiner à aligner un onze compétitif au plus haut niveau européen, la sélection scandinave dispose aujourd’hui d’une concentration de talents rares : Erling Haaland, l’un des attaquants les plus redoutés de sa génération, Martin Ødegaard, cerveau créatif au sommet de son art, et des profils prometteurs comme Antonio Nusa. Pour une équipe absente du Mondial depuis son élimination au tour préliminaire en 1998 face à l’Italie, la rupture est saisissante.

La Turquie présente un visage similaire. Kenan Yıldız, Arda Güler, Hakan Çalhanoğlu – une constellation de joueurs capables de peser sur n’importe quelle rencontre. En 2002, les Turcs avaient créé la surprise en terminant troisièmes sous la conduite de Yıldıray Baştürk. Un quart de siècle plus tard, les ingrédients d’une belle aventure semblent à nouveau réunis. L’Autriche, de son côté, s’appuie sur une génération en pleine maturité – Laimer, Seiwald, Schlager, Danso – même si l’absence sur blessure de Christoph Baumgartner constitue un coup dur non négligeable avant d’affronter l’Algérie et l’Argentine.

Les outsiders qui n’ont rien à perdre

L’Irak, la RD Congo et Haïti appartiennent à une autre catégorie. Leurs groupes respectifs sont objectivement difficiles, leurs effectifs moins cotés sur le marché, et leurs chances de qualification pour le tour suivant sont limitées selon les analyses les plus objectives. Mais dans une compétition où l’imprévisible est structurel, l’absence de pression peut devenir un avantage psychologique réel.

La RD Congo – qui s’appelait encore Zaïre lors de sa seule précédente participation en 1974 – conserve en mémoire collective la lourde défaite 0-9 contre la Yougoslavie, qui reste à ce jour la plus large de l’histoire du tournoi. Cinquante ans plus tard, des joueurs comme Yoane Wissa et Aaron Wan-Bissaka, formés en Premier League anglaise, incarnent une toute autre réalité footballistique. Contre le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan, un exploit n’est pas à exclure.

Haïti, absente depuis 1974 elle aussi, s’appuie sur Wilson Isidor et Jean-Ricner Bellegarde, deux professionnels du championnat anglais, ainsi que sur Josué Duverger. Cinquante-deux ans d’attente constituent, à eux seuls, un combustible motivationnel considérable. L’Irak, quant à elle, dispute seulement sa deuxième Coupe du Monde de son histoire, face à la France, la Norvège et le Sénégal – un groupe de haute tenue. Mais dans le football, comme dans peu d’autres sports, l’histoire du tournoi est jalonnée de séismes que personne n’avait vus venir.

Ce que ces retours révèlent sur le football mondial

La multiplication de ces retours emblématiques n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète, en partie, l’élargissement progressif de la Coupe du Monde – qui passera à 48 équipes pour cette édition nord-américaine – ainsi que le développement des structures footballistiques dans des régions longtemps sous-représentées. Pour l’Écosse, dont les supporters, surnommés la « Tartan Army », avaient déjà animé l’Euro 2024 en Allemagne avec une ferveur communicative, le retour en phase finale représente une libération autant qu’une opportunité.

Ces sept nations rappellent que la Coupe du Monde n’appartient pas exclusivement aux puissances établies. Elle est aussi, et peut-être surtout, l’espace où des histoires inattendues s’écrivent – celles dont on se souvient longtemps après que les favoris ont été oubliés.

8