Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le 23/06/2026 - 03:29 Coupe du monde

Le Cap-Vert tient l’Uruguay en échec et touche du doigt l’histoire

Un point arraché à l’Uruguay, deux fois champion du monde, sur la pelouse de Miami : le Cap-Vert n’en finit plus de surprendre à sa première Coupe du monde de la FIFA. Avec deux nuls en deux matchs face à l’Espagne puis l’Uruguay, les Requins Bleus occupent une position que peu d’observateurs auraient osé leur prédire avant le coup d’envoi. La qualification pour les huitièmes de finale n’est plus un rêve lointain.

Une identité forgée sous pression

Pedro « Bubista » Brito, sélectionneur capverdien, a choisi ses mots avec soin après le match. Pour lui, le résultat compte, mais il ne résume pas tout. « Ce qui nous rend heureux, ce n’est pas seulement le résultat, c’est pouvoir montrer notre identité en tant qu’équipe, notre esprit, notre unité et notre capacité à revenir dans le match », a-t-il déclaré. Cette lecture va au-delà du football tactique : elle dit quelque chose sur ce que représente cette équipe pour un archipel de cinq cent mille habitants qui fait ses débuts sur la plus grande scène du football mondial.

Le Cap-Vert a été mené au score à deux reprises avant la mi-temps, et a chaque fois su répondre. Cette résilience ne relève pas du hasard. Elle est le fruit d’un travail identitaire construit sur la durée, avec un groupe dont le cœur est formé de joueurs évoluant dans des championnats européens compétitifs, porteurs d’une double culture footballistique. L’archipel, qui a longtemps exporté ses talents vers le Portugal et d’autres ligues du continent, bénéficie aujourd’hui pleinement de cette diaspora organisée.

La qualification comme objectif déclaré, pas comme ambition secrète

Bubista n’a pas présenté la qualification comme un rêve vague. Il l’a nommée clairement. « Nous sommes là pour nous battre pour la qualification. C’est notre mentalité depuis le début. Nous respectons tous nos adversaires et nous connaissons leurs qualités, mais nous avons un objectif clair. » Cette franchise tranche avec le discours souvent prudent des équipes dites modestes, qui préfèrent parler de « belles rencontres » plutôt que d’afficher leurs ambitions. Le Cap-Vert, lui, assume.

Avec deux points en deux matchs dans un groupe H qui compte l’Espagne et l’Uruguay parmi ses membres, les Requins Bleus abordent leur dernier match contre l’Arabie saoudite dans une position arithmétiquement favorable. Un résultat positif pourrait suffire à les propulser dans le tableau final, selon la configuration des autres rencontres. L’enjeu est considérable : aucune équipe africaine ou insulaire de cette taille n’a souvent eu l’occasion de réécrire le récit d’une première participation avec autant d’éclat.

Ce que cette aventure dit du football africain

La performance capverdienne s’inscrit dans une dynamique plus large. Le football africain a montré lors des dernières éditions de la Coupe du monde une capacité croissante à rivaliser avec les meilleures sélections du monde, portée par une génération de joueurs formés dans les plus grands clubs européens. Le Cap-Vert n’est pas le Maroc, qui avait atteint les demi-finales en 2022, mais son parcours illustre la même idée fondamentale : l’écart technique entre les grandes puissances traditionnelles et les nations émergentes se réduit, à condition de construire un projet cohérent sur le long terme.

Pour les Capverdiens, chaque match dans ce tournoi est déjà une victoire symbolique. Mais Bubista et ses joueurs ont clairement indiqué qu’ils ne se contentent pas du symbole. Le dernier acte de groupe contre l’Arabie saoudite sera, pour eux, bien plus qu’un match de clôture.

10