Un faux document usurpe le TAS pour déclarer le Sénégal champion d’Afrique 2025
Un document présenté comme une décision officielle du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) circule sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, affirmant que le Maroc aurait été dépouillé de son titre à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au profit du Sénégal. Cette affirmation est fausse. Aucune décision finale n’a été rendue par le TAS dans ce dossier, et les incohérences relevées dans le document permettent d’établir qu’il s’agit très probablement d’un faux.
Des incohérences factuelles qui trahissent le document
La première anomalie est d’ordre administratif, mais elle est déterminante. Le document viral porte la référence CAS 2026/A/10857. Or, le TAS a officiellement confirmé que l’appel déposé par la Fédération sénégalaise de football a bien été enregistré, mais sous le numéro CAS 2026/A/12295. Une telle divergence n’aurait aucune raison d’exister dans une décision authentique : les numéros de dossier sont attribués dès l’enregistrement et ne varient pas.
Le document commet également une erreur sur la nature même du litige. Il présente l’affaire comme un différend entre la seule Fédération sénégalaise et la Fédération Royale Marocaine de Football. Le TAS a pourtant précisé que la Confédération Africaine de Football (CAF) figure également parmi les intimés, puisque c’est une décision de son Comité d’appel qui est contestée. Omettre la CAF de la liste des parties revient à décrire incorrectement la procédure dans son essence même.
À cela s’ajoute l’absence totale de ce document dans la base de données officielle du TAS. L’institution publie normalement ses décisions non confidentielles via son répertoire en ligne. Aucune décision portant sur la finale de la CAN 2025 n’y figure. Le document circule uniquement sous forme d’image de faible qualité, comportant signatures, cachets et une traduction en arabe, sans source institutionnelle vérifiable.
Ce que les communications officielles du TAS confirment réellement
La dernière communication officielle du TAS sur ce dossier date du 25 mars 2026. Elle ne constitue pas une décision au fond : le tribunal s’est borné à confirmer l’enregistrement de l’appel sénégalais et la nomination d’un panel arbitral. Le TAS a expressément indiqué qu’il était encore trop tôt pour fixer une date d’audience ou annoncer un calendrier pour la décision finale.
L’instance a également précisé que le Sénégal avait sollicité un délai supplémentaire pour déposer son mémoire d’appel, dans l’attente de la réception des motifs écrits complets de la décision de la CAF. Le TAS a par ailleurs rappelé que les procédures arbitrales en cours restent confidentielles – ce qui rend d’autant plus suspecte la diffusion d’un prétendu arrêt définitif sur les réseaux sociaux.
Le contexte sportif : la décision de la CAF reste en vigueur
Pour comprendre l’enjeu de cet appel, il faut revenir aux faits qui ont précédé la procédure arbitrale. Le 17 mars 2026, le Comité d’appel de la CAF a statué que le Sénégal s’était retiré de la finale de la CAN en raison du départ de ses joueurs du terrain. En application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition, la CAF a accordé au Maroc une victoire sur tapis vert sur le score de 3-0, annulé la décision disciplinaire antérieure et fait droit à la protestation déposée par la Fédération marocaine.
Le Sénégal a ensuite porté cette décision devant le TAS. Mais tant qu’aucun arrêt définitif n’est rendu, la décision de la CAF demeure la seule décision valide et exécutoire. Sur le plan juridique, le statu quo est clair : le Maroc est champion d’Afrique 2025, et aucune instance compétente n’a modifié cet état de fait.
La désinformation sportive, un phénomène aux conséquences réelles
La rapidité avec laquelle ce faux document a circulé illustre une tendance documentée dans l’environnement informationnel contemporain : les affaires sportives à forte résonance identitaire constituent un terrain particulièrement fertile pour la fabrication et la propagation de fausses informations. Les rivalités nationales, la charge émotionnelle des compétitions continentales et l’impatience du public face à des procédures arbitrales longues et opaques créent les conditions idéales pour qu’un document falsifié trouve rapidement un large écho.
Les procédures devant le TAS peuvent s’étendre sur plusieurs mois, parfois plus d’un an pour les affaires complexes. Cette durée, combinée à la confidentialité imposée aux parties, laisse un vide informationnel que des acteurs malveillants peuvent exploiter. La vigilance s’impose : en l’absence d’une publication officielle sur le site du TAS ou d’un communiqué de presse de l’institution, toute annonce de décision doit être considérée avec la plus grande prudence.