Les Walia Ibex d’Éthiopie retrouvent la CAN après huit ans d’absence
Une défaite ne suffit pas toujours à briser un rêve. Battus 3-1 par la Côte d’Ivoire à Abidjan mardi soir, les Walia Ibex d’Éthiopie ont néanmoins décroché leur qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, en terminant deuxièmes du Groupe K avec neuf points. C’est la fin d’une longue traversée du désert : le pays n’avait plus foulé la grande scène continentale depuis huit ans.
Une qualification acquise par la régularité
Le scénario du match face aux Éléphants de Côte d’Ivoire, au Stade Olympique Alassane Ouattara, n’avait rien de flatteur pour les Éthiopiens. Willy Boly, Franck Kessié sur penalty et Jean Kouassi ont inscrit les buts ivoiriens, tandis que le capitaine Getaneh Kabede sauvait l’honneur pour l’Éthiopie. Mais le résultat importait peu, à condition que Madagascar ne gagne pas. Les Malgaches, déjà lourdement battus 4-0 par l’Éthiopie la semaine précédente, n’ont pas réussi à dépasser Niger, concédant un match nul et vierge qui les a maintenus à huit points, un de moins que les Walia Ibex.
La logique du classement a donc primé sur celle du terrain. Avec trois victoires, trois défaites et dix buts marqués en six rencontres, l’Éthiopie affiche un bilan contrasté, mais suffisant pour devancer une équipe malgache qui avait, elle, le mérite de la régularité sans jamais franchir le palier décisif. Le Niger, lanterne rouge avec quatre points et un différentiel de buts de -10, aura pesé peu dans la course.
Un retour chargé de sens pour la nation
Pour Esayas Jira, président de la Fédération Éthiopienne de Football, la portée de cette qualification dépasse largement le sport. « Pour l’unité de notre nation, c’est une qualification qui a du sens », a-t-il déclaré. Dans un pays de plus de cent millions d’habitants, où le football occupe une place centrale dans l’imaginaire populaire, retrouver la CAN revêt une dimension symbolique forte. L’Éthiopie est l’un des membres fondateurs de la Confédération Africaine de Football et a une histoire ancienne avec le football continental, ce qui rend les longues absences d’autant plus douloureuses à vivre pour ses supporters.
Les Walia Ibex rejoignent le Soudan en tant que seuls représentants de la zone CECAFA – le Conseil des associations de football d’Afrique centrale et orientale – à avoir décroché leur ticket pour le Cameroun. C’est une région historiquement moins dominante sur la scène africaine, et cette double qualification constitue un signal encourageant pour le développement du football dans cette partie du continent.
Le tableau des qualifications dans la zone CECAFA
La journée de mardi a été contrastée pour les autres nations de la zone. Le Burundi s’est incliné 1-0 au Maroc dans le Groupe E, tandis que le Rwanda a arraché un match nul sans but à Yaoundé face au Cameroun dans le Groupe F. La veille, l’Ouganda avait perdu 1-0 au Malawi dans le Groupe B. Seul le Kenya a terminé en beauté, s’imposant 2-1 au Togo dans le Groupe G, une performance qui ne suffit cependant pas à lui ouvrir les portes de la prochaine CAN.
Ces résultats confirment les difficultés structurelles que rencontrent plusieurs fédérations de la région pour rivaliser avec les blocs ouest-africains et nord-africains, qui concentrent historiquement les nations les mieux dotées en infrastructures, en budgets de fonctionnement et en viviers de joueurs évoluant dans des championnats professionnels étrangers. La qualification éthiopienne, obtenue de haute lutte, illustre qu’une gestion cohérente des phases de qualification peut compenser, au moins en partie, ces écarts de ressources.
Vers la CAN 2021 au Cameroun
La 33e édition de la Coupe d’Afrique des Nations, initialement prévue en 2021, se tiendra au Cameroun. Pour l’Éthiopie, l’objectif immédiat sera de préparer une compétition d’un niveau très élevé, avec des nations comme le Sénégal, le Maroc, l’Algérie – tenant du titre – et bien sûr la Côte d’Ivoire parmi les favoris attendus. Retrouver ce plateau après une si longue absence demande une préparation sérieuse, mais la dynamique créée par cette qualification – trois victoires en phase de groupes, dont un succès retentissant 4-0 face à Madagascar – donne une base de confiance sur laquelle les Walia Ibex peuvent s’appuyer.
Pour une fédération qui cherche à professionnaliser davantage ses structures et à ancrer ses joueurs dans des circuits compétitifs plus exigeants, ce retour sur la scène continentale est aussi une opportunité de visibilité. Attirer l’attention sur le football éthiopien, c’est potentiellement ouvrir des portes en matière de partenariats, de détection de talents et d’investissements dans les infrastructures sportives du pays.