Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le 08/08/2026 - 23:00 Nigeria

David Gikonyo alerte contre les accusations hâtives visant l’arbitrage kényan

Au Kenya, l’ancien arbitre FIFA David Gikonyo met en garde contre une confusion devenue fréquente: assimiler chaque erreur d’arbitrage à un match truqué. Son avertissement dépasse la défense corporatiste des officiels: il touche à la crédibilité du championnat, à la confiance des investisseurs et à la capacité du football kényan à traiter sérieusement les vrais cas de manipulation.

Interrogé par SportyFM Kenya, Gikonyo, qui a officié pendant dix-huit ans et demi en Premier League kényane et travaille aujourd’hui comme commissaire de match de la CAF, reconnaît que le trucage existe et qu’il constitue un problème mondial. Mais il insiste sur un point essentiel du sport de haut niveau: une décision erronée n’est pas, en soi, une preuve de corruption.

L’erreur humaine n’est pas automatiquement une fraude

Pour illustrer son propos, Gikonyo a raconté un épisode survenu lors d’un match entre Sofapaka et Sony au City Stadium. Masqué par le drapeau de corner, il n’avait pas vu son assistant et a sifflé un hors-jeu alors qu’un joueur de Sony semblait filer au but. Après les protestations, il a compris son erreur, s’est excusé et a laissé le jeu reprendre. Plus tard, il a appris que ce moment avait été interprété comme un signe de match arrangé.

L’épisode dit beaucoup de la condition arbitrale. Le football impose des décisions instantanées, prises sous contrainte visuelle, physique et émotionnelle. Même au plus haut niveau, l’arbitrage reste un exercice d’interprétation appliqué à des actions rapides, souvent masquées ou ambiguës. Cela n’exonère pas les mauvais arbitrages, mais rappelle qu’une faute technique, même lourde, ne suffit pas à établir une intention délibérée.

Les réseaux sociaux aggravent une crise de confiance

Selon Gikonyo, les réseaux sociaux ont durci le climat. La contestation, autrefois confinée aux tribunes et aux débats d’après-match, se transforme désormais en accusation immédiate, publique et souvent sans preuve. À ses yeux, ce réflexe abîme l’image du championnat lui-même: si tout semble suspect, pourquoi un partenaire commercial ou un investisseur miserait-il sur la compétition?

Cette dégradation de la confiance a aussi un coût humain. Gikonyo rappelle que les arbitres ont toujours exercé sous pression, mais que la violence a changé de forme. Il se souvient d’un match entre Gor Mahia et Mathare United au stade national Nyayo, remporté 2-1 par Mathare, après lequel des pierres avaient été lancées contre son équipe arbitrale. Les officiels avaient dû attendre environ une heure au centre du terrain avant de pouvoir sortir sous protection. Or, affirme-t-il, les images ont ensuite confirmé que sa décision sur une demande de penalty tardive était correcte.

Lutter contre les vrais trucages exige des structures solides

La thèse de Gikonyo n’est pas de minimiser la manipulation des matches, mais de mieux l’affronter. Il plaide pour un service spécialisé, composé d’enquêteurs, d’analystes de données et de responsables de la formation, capable de transformer des renseignements initiaux en enquêtes étayées puis en preuves. La difficulté, dit-il, n’est pas seulement de soupçonner un match, mais de construire un dossier crédible.

Cette approche rejoint une réalité bien connue dans la gouvernance sportive: la lutte contre le trucage ne repose pas sur l’indignation seule. Elle demande des procédures, des mécanismes d’alerte, des recoupements et une coopération entre fédérations, arbitres, clubs et autorités disciplinaires. Gikonyo insiste aussi sur la prévention, en appelant à former dès les académies les joueurs, les arbitres et les clubs aux risques de manipulation.

Il ajoute un facteur structurel souvent sous-estimé: la précarité. Lorsque les revenus sont irréguliers ou insuffisants, certains acteurs deviennent plus vulnérables aux pressions extérieures. Dans cette optique, l’amélioration du bien-être matériel n’est pas un sujet périphérique, mais un volet de l’intégrité sportive.

Professionnaliser l’arbitrage pour restaurer la confiance

Gikonyo affirme que la Fédération kényane de football dispose de plus de 5 000 arbitres dans sa base de données, du championnat d’élite aux divisions inférieures. Il souligne aussi un effort de resserrement qualitatif en Premier League, où le nombre d’arbitres serait passé de 150 à 60, avec davantage de vérification avant les promotions. Le message est clair: la crédibilité ne se décrète pas, elle se construit par la sélection, la formation et la discipline.

Le chantier passe également par la rémunération. Les arbitres de la KPL, reconnaît-il, restent mal payés, avec des barèmes datant de 2015. Des discussions seraient en cours pour évoluer vers un paiement mensuel, ce qui offrirait une stabilité plus grande et réduirait une partie des fragilités qui traversent l’écosystème du football.

Ancien joueur stoppé par une blessure au genou avant d’entrer dans l’arbitrage à 21 ans, Gikonyo défend finalement une idée simple, mais décisive pour le football kényan: protéger l’intégrité du jeu suppose de tenir ensemble deux exigences. Refuser les accusations sans fondement. Et renforcer, sans complaisance, les outils capables de détecter les manipulations réelles.

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