Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le 10/06/2026 - 08:28

Adepoju brise le silence et marque enfin pour les Flames du Malawi

Un but sur un second ballon à la 19e minute. Ce n’est pas une réalisation spectaculaire sur le plan esthétique, mais pour Babatunde Adepoju, attaquant de Venda FC dans le championnat sud-africain, ce moment représente bien plus qu’un simple chiffre au compteur. Lors d’un match amical disputé au Diredawa Stadium contre l’Éthiopie ce mardi, le Nigérian naturalisé malawien a ouvert son compte sous le maillot des Flames, après six apparitions sans but. La rencontre s’est conclue sur un score de 1-1, Binyam Belay ayant égalisé pour les Éthiopiens, mais le vrai verdict de la soirée concernait un joueur seul face à ses détracteurs.

Un joueur sous pression depuis sa naturalisation

Lorsqu’Adepoju a officialisé son changement de nationalité sportive en 2023, passant du Nigeria au Malawi, une partie des supporters des Flames n’a pas caché son scepticisme. La question posée était légitime : un joueur formé ailleurs, sans lien de naissance avec le pays, peut-il réellement s’approprier l’identité d’une sélection nationale ? Ce débat, récurrent dans le football africain contemporain, touche à des questions plus larges de citoyenneté, d’appartenance et de stratégie sportive.

Le cas Adepoju n’est pas isolé. Né à Lagos, il a construit l’essentiel de sa carrière au Malawi. C’est là qu’il a été révélé au grand public, avec le club de Masters FC de Lilongwe, dont il a été l’artisan d’une victoire en Carlsberg Cup en 2018. Mighty Wanderers l’a recruté dès 2019, avant que FCB Nyasa Big Bullets, champion record du Malawi, ne le signe en 2021. Ces années d’ancrage dans le football malawien ont fini par peser dans la décision de la Football Association of Malawi de lui accorder sa naturalisation. Mais aux yeux d’une frange du public, l’inscription sur une feuille de match ne suffit pas à légitimer un joueur : il faut produire.

La réponse d’un homme, en actes et en mots

Sur le terrain, le but a parlé. Sur les réseaux sociaux, Adepoju a choisi la voie de la gratitude plutôt que celle de la provocation. Dans un message publié sur sa page Facebook officielle, le joueur de 30 ans a remercié Dieu, sa famille, son staff technique et la FAM, soulignant sa fierté de porter le maillot malawien. “Zikomo kwambiri to everyone. God is good, and this is only the beginning”, a-t-il écrit, mêlant chichewa, langue nationale du Malawi, et anglais – un geste symbolique qui ne doit rien au hasard.

Son entraîneur, Kalisto Pasuwa, figure respectée du football malawien, a salué l’événement avec pragmatisme. “Scoring has been a big problem for us but having him score like that can motivate others and help us get more goals”, a déclaré le sélectionneur au terme de la rencontre. Dans un football où la production offensive est souvent le talon d’Achille des sélections du continent, un attaquant qui libère enfin son potentiel représente un enjeu stratégique concret.

Un parcours en dents de scie, une ambition intacte

La trajectoire d’Adepoju en Afrique du Sud illustre les difficultés que rencontrent de nombreux joueurs du continent lorsqu’ils franchissent le cap vers des championnats plus compétitifs. Arrivé à Venda FC en 2023, il n’a pas réussi à s’imposer comme titulaire et a passé une grande partie de la saison 2024-2025 en prêt aux Big Bullets, là où il est une figure populaire. Son retour à Venda FC en janvier 2026 pour honorer les six derniers mois de son contrat soulève des questions légitimes sur son avenir immédiat au niveau des clubs.

Mais c’est en sélection que les attentes se concentrent désormais. À partir de septembre, les Flames entament leur campagne pour la Coupe d’Afrique des Nations 2027, dans un groupe relevé comprenant l’Égypte, l’Angola et le Soudan du Sud. Trois adversaires de calibre différent, mais tous capables d’exposer les lacunes d’une équipe qui peine à convertir ses occasions. Si Adepoju parvient à maintenir sa forme et à capitaliser sur la confiance retrouvée, son rôle dans cette campagne qualificative pourrait s’avérer décisif. Le but de Diredawa, modeste dans sa facture, ouvre peut-être une page autrement plus ambitieuse.

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