Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le juin 16, 2026 à 19h28

La CAF réforme ses statuts après la finale de CAN la plus contestée de l’histoire récente

Deux mois après une finale de Coupe d’Afrique des Nations dont le dénouement reste suspendu devant le Tribunal Arbitral du Sport, la Confédération Africaine de Football a annoncé dimanche une série de réformes structurelles, juridiques et administratives destinées à restaurer la confiance dans ses instances arbitrales et dirigeantes. Ces annonces ont été faites à l’issue d’une réunion du comité exécutif de la CAF au Caire, en présence du président Patrice Motsepe. Elles interviennent dans un contexte où la crédibilité de l’organisation est mise à rude épreuve par le feuilleton judiciaire opposant le Sénégal au Maroc pour le titre de champion d’Afrique.

Une finale sous séquestre, deux nations championnes

Le cœur du problème est inédit dans l’histoire de la compétition : la CAF a retiré le titre au Sénégal deux mois après la finale, pour l’attribuer au Maroc, pays organisateur. Le Sénégal a depuis saisi le TAS, basé en Suisse, pour contester cette décision. En attendant l’issue de la procédure arbitrale, les deux fédérations se présentent officiellement comme championnes d’Afrique. Samedi encore, l’équipe nationale sénégalaise défilait à Paris avec le trophée.

Cette situation sans précédent cristallise une crise de gouvernance qui dépasse la seule question du résultat sportif. C’est précisément ce qu’a reconnu Motsepe dans une formulation révélatrice : « Je peux affirmer que nos arbitres sont les meilleurs, qu’ils sont indépendants et impartiaux. Mais si les supporters ordinaires du continent et d’ailleurs estiment qu’ils ne le sont pas vraiment, ce n’est pas bon pour le football africain. » La perception, autrement dit, a autant de poids que la réalité institutionnelle.

Des réformes arbitrales et administratives, avec l’appui de la FIFA

Sur le fond, la CAF annonce travailler en coordination avec la FIFA pour renforcer la formation des arbitres et des opérateurs VAR. Motsepe a insisté sur la nécessité de rémunérer correctement ces techniciens afin de garantir leur intégrité – une allusion à peine voilée aux risques que fait peser la précarité sur l’indépendance de ceux qui ont la responsabilité de juger les matches. La vidéo-assistance à l’arbitrage, dont l’introduction en Afrique est plus récente qu’en Europe ou en Amérique du Sud, reste un domaine où les compétences et les protocoles sont encore en cours de consolidation.

Motsepe a également tenu à replacer ces dysfonctionnements dans un contexte mondial, refusant que l’Afrique soit systématiquement perçue comme plus fragile ou plus sujette aux manquements que d’autres confédérations. L’argument a une portée politique évidente : la CAF cherche à s’affirmer comme un acteur à part entière du gouvernement mondial du football, et non comme un maillon défaillant sous tutelle.

Le secrétaire général quitte ses fonctions, un intérim nigérian s’installe

Personnage central et controversé, le secrétaire général de la CAF Véron Mosengo-Omba a annoncé dimanche sa démission après cinq ans en poste, invoquant le souhait de « se consacrer à des projets plus personnels ». Proche de Gianni Infantino – dont il fut le condisciple à l’université et qu’il a suivi de l’UEFA à la FIFA en 2016 avant de rejoindre la CAF en 2021 -, le Franco-Congolais de 66 ans avait traversé plusieurs tempêtes.

En janvier 2025, le Ministère public de la Confédération helvétique avait décidé de classer sans suite les investigations le concernant pour des allégations de malversations financières, faute de faits et de fondement juridique suffisants. Mais des accusations de « culture toxique de la peur » au sein des bureaux de la CAF, rapportées par le quotidien britannique The Guardian, avaient continué d’ombrer son bilan. Par ailleurs, Mosengo-Omba avait exercé ses fonctions au-delà de l’âge limite de retraite fixé à 63 ans par les statuts de la confédération – une entorse dont Motsepe a minimisé la portée, assurant que les dispositions contractuelles avaient été respectées.

L’intérim est assuré par Samson Adamu, issu de la Fédération nigériane de football, en attendant la désignation d’un secrétaire général permanent. Motsepe a indiqué que les vice-présidents conduiraient le processus de sélection, tout en pressant publiquement Adamu de poser sa candidature.

WAFCON au Maroc, CAN 2027 à 28 équipes et tournant quadriennal

Sur le plan sportif et organisationnel, plusieurs décisions ont été confirmées ou précisées. La Coupe d’Afrique des Nations féminine (WAFCON) se tiendra bien au Maroc du 25 juillet au 16 août, après avoir été reportée depuis sa fenêtre initiale de mars-avril. Motsepe a évoqué des « circonstances imprévues » sans en préciser la nature, notable lacune pour un dirigeant qui avait encore exclu tout report en février dernier.

Pour la CAN masculine, Motsepe a confirmé qu’il se rendrait en mai au Kenya pour évaluer l’avancée des préparatifs du tournoi 2027, coorganisé avec la Tanzanie et l’Ouganda sous le nom de « Pamoja ». Il a écarté les rumeurs d’une délocalisation. Enfin, la compétition sera élargie à 28 équipes – contre 24 lors de l’édition 2025 – et passera à un rythme quadriennal à partir de 2028, abandonnant la fréquence biennale qui avait longtemps distingué la CAN des autres grandes compétitions continentales. Ce changement de calendrier devrait faciliter la participation des joueurs évoluant dans les grands championnats européens, dont les clubs réclamaient depuis des années une réduction des interruptions de saison.

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