La Corée du Sud éliminée, Hong Myung-bo accueilli dans la tempête à Incheon
Les scènes qui ont suivi le retour de la sélection sud-coréenne à l’aéroport international d’Incheon, tôt mardi matin, avaient tout d’un acte de procès populaire. Tambours, banderoles, huées : des dizaines de supporters avaient attendu pendant des heures pour signifier au sélectionneur Hong Myung-bo qu’il n’avait plus sa place à la tête des Taeguk Warriors. L’intéressé avait pourtant déjà officialisé sa démission le dimanche précédent, deux jours après l’élimination au premier tour d’un Mondial que tout un pays croyait pouvoir conquérir.
Une sortie de groupe que rien ne laissait présager
La Corée du Sud s’est retrouvée éliminée à l’issue de la phase de groupes, faute d’avoir pu figurer parmi les huit meilleures troisièmes équipes du tournoi – une règle propre au format élargi de la Coupe du Monde 2026, qui accueille désormais 48 nations réparties en seize groupes de trois. Dans cette configuration, les chances d’une équipe de rang mondial correct de passer ce premier cap étaient réelles. L’équipe avait remporté un match et en avait perdu deux, dont le fatal contre l’Afrique du Sud, une sélection moins bien classée, sur le score de un à zéro.
C’est ce résultat final, autant que la manière, qui a provoqué la colère. Hong Myung-bo a reconnu lui-même, après le match, ne pas comprendre ce qui avait dysfonctionné. Cette aveu d’impuissance a achevé de convaincre ses détracteurs que le choix de maintenir Son Heung-min sur le banc pendant la première mi-temps contre l’Afrique du Sud n’était pas un coup tactique audacieux, mais une erreur de jugement caractérisée. “C’est là que tout a commencé à aller de travers,” a résumé une jeune supportrice interrogée à l’aéroport.
Une « génération dorée » qui repart les mains vides
La pression qui pesait sur cette équipe n’était pas ordinaire. Les médias sud-coréens avaient, bien avant le coup d’envoi du tournoi, qualifié ce groupe de “génération dorée” – une expression rarement utilisée à la légère dans un pays où le football nourrit des passions comparables à celles que suscitent les sports nationaux. L’argumentaire tenait la route : Son Heung-min, ancien capitaine de Tottenham Hotspur, représente le joueur coréen le plus accompli de l’histoire du football européen ; Kim Min-jae s’est imposé comme l’un des défenseurs centraux les plus solides de la Bundesliga sous les couleurs du Bayern Munich ; Lee Kang-in évolue au Paris Saint-Germain.
À cela s’ajoutait un facteur émotionnel particulier : à 33 ans, Son approche vraisemblablement de sa dernière Coupe du Monde. Pour des millions de supporters, ce tournoi représentait une fenêtre unique, peut-être irremplaçable, pour voir leur capitaine briller sur la scène mondiale à son niveau optimal. La perspective qu’il ait passé une partie du match décisif assis sur un banc de touche a donc été vécue comme une faute impardonnable.
Hong Myung-bo, un retour maudit
Il ne s’agit pas de la première mauvaise expérience de Hong à la tête de la sélection nationale. En 2014, déjà sélectionneur lors de la Coupe du Monde disputée au Brésil, il avait ramené une équipe éliminée en phase de groupes. Le retour à l’aéroport avait donné lieu à des scènes similaires : des supporters avaient jeté des bonbons traditionnels coréens sur les joueurs – un geste symbolique d’une violence particulière dans une culture où l’hospitalité et la retenue sont des normes sociales fortes.
Sa nomination en 2024 par la Fédération coréenne de football (KFA) avait déjà suscité des interrogations. Plusieurs observateurs avaient critiqué le manque de transparence du processus de sélection, estimant que la décision avait été prise sans consultation suffisante du monde footballistique. La KFA, consciente de l’atmosphère, a choisi de ne pas organiser de cérémonie officielle d’accueil pour les joueurs.
À l’aéroport, Hong a traversé le hall sous la pression des caméras sans prononcer un mot. Derrière lui, les joueurs ont reçu, eux, des applaudissements et des encouragements. La frontière entre la responsabilité collective d’un échec sportif et la désignation d’un responsable unique était ainsi tracée, nettement, par les supporters eux-mêmes. Pour beaucoup d’entre eux, la démission du sélectionneur, bien que nécessaire, sonnait creux. “Je me demande si sa démission était sincère, étant donné son attitude au moment de l’annoncer,” a déclaré l’un d’eux à l’AFP. La question de l’avenir de la sélection et d’une gouvernance fédérale plus rigoureuse reste, elle, entière.