Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le 06/08/2026 - 00:13 Mondial

Les sélections africaines changent d’entraîneur à un rythme implacable

À peine plus de deux semaines après la Coupe du monde 2026, les bancs africains ont déjà été presque entièrement rebattus. Sur les dix sélectionneurs présents au tournoi, seuls trois sont encore en poste, signe d’une réalité ancienne du football africain: la stabilité y reste l’exception, même après un Mondial globalement honorable.

La vague de départs ne raconte pas une seule histoire. Elle mêle licenciements, sorties négociées, missions courtes arrivées à leur terme et choix personnels, dans un contexte où les fédérations jugent désormais leurs équipes sur davantage que le simple résultat brut.

Des éliminations qui n’ont pas le même prix politique

Les situations de Pape Thiaw, Vladimir Petkovic et Emerse Faé illustrent trois façons différentes de perdre son poste. Au Sénégal, le cas Thiaw révèle d’abord une question de gouvernance: le limogeage a été annoncé, mais son exécution se heurte au coût politique et financier d’une rupture. Quand une fédération veut tourner la page sans assumer seule l’addition, l’instabilité sportive devient aussi un dossier d’État.

En Algérie, Petkovic a subi une érosion plus progressive. Son contrat prolongé avant le Mondial n’a pas résisté à la déception du tournoi ni aux signaux envoyés ensuite par la fédération. Ce type de sortie, fréquent dans le football de sélection, montre qu’un sélectionneur peut être fragilisé moins par une rupture franche que par la réduction progressive de son autorité.

Le cas ivoirien est encore différent. Emerse Faé paye moins un échec net qu’un décalage entre son crédit passé et les attentes présentes. Héros continental, il n’a pas été reconduit malgré un parcours mondial historique. Le message est clair: dans certaines fédérations, la question n’est plus seulement de franchir un cap, mais de savoir si l’entraîneur paraît capable d’emmener une génération plus loin encore.

Les départs volontaires disent aussi la force du marché

Toutes les séparations ne relèvent pas d’une sanction. Bubista quitte le Cap-Vert porté par sa cote, attiré par un club africain ambitieux et mieux armé pour offrir un cadre de travail quotidien. Ce mouvement rappelle une tension structurelle du football africain: plusieurs sélectionneurs nationaux opèrent dans un environnement moins stable, moins continu et parfois moins attractif que certains grands clubs du continent.

Le choix d’Hervé Renard, passé de la Tunisie à la Côte d’Ivoire, dit autre chose: la réputation circule vite, et les fédérations n’hésitent pas à miser sur des profils immédiatement identifiables. Carlos Queiroz, lui, referme un cycle court avec le Ghana, tandis que Hugo Broos part sur une décision de vie, après avoir rendu à l’Afrique du Sud une crédibilité durable. Dans ces cas, la Coupe du monde agit comme un accélérateur: elle rebat la hiérarchie des projets et pousse chacun à arbitrer entre ambition, usure et opportunité.

Pourquoi la stabilité demeure si rare

Le paradoxe est réel. L’Afrique sort d’un Mondial plutôt réussi sur le plan collectif, avec neuf équipes qualifiées en huitièmes, et pourtant presque tous les bancs ont bougé. Cela s’explique d’abord par la nature même du poste de sélectionneur. Le temps de travail effectif est limité, les rassemblements sont espacés, et chaque grande compétition concentre une pression immense sur quelques matches.

À cela s’ajoute l’évolution du regard porté sur les équipes nationales. Les fédérations ne se contentent plus d’une qualification ou d’un parcours honorable. Elles évaluent aussi le contenu, la maîtrise tactique, la capacité à valoriser un vivier souvent installé dans les grands championnats et la cohérence du projet à moyen terme. Plus le niveau d’ambition monte, plus la patience baisse.

Trois survivants, et une leçon pour la suite

Mohamed Ouahbi au Maroc, Hossam Hassan en Égypte et Sébastien Desabre en RD Congo font figure d’exceptions. Leur point commun n’est pas seulement le résultat. Chacun incarne, à sa manière, une trajectoire lisible: continuité institutionnelle au Maroc, dynamique renforcée en Égypte, progression constante en RD Congo.

C’est sans doute la principale leçon de cet après-Mondial. Dans le football africain, la stabilité ne naît pas d’un bon tournoi à elle seule. Elle tient à l’alignement, toujours fragile, entre résultats, style de jeu, rapport de force interne et projection politique. Tant que cet équilibre restera précaire, les bancs des sélections continueront de bouger au moindre changement de vent.

0