Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le 20/06/2026 - 22:34 Coupe du monde

Motsepe veut Bafana Bafana dans le top 10 mondial : une ambition déclarée, un chemin exigeant

Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Dr Patrice Motsepe, a fixé un cap ambitieux pour l’équipe nationale sud-africaine : figurer parmi les dix meilleures nations du monde. Il s’est exprimé en exclusivité pour SABC News à Atlanta, en marge du match nul un partout entre Bafana Bafana et la République tchèque, ce jeudi. Au-delà d’une simple déclaration de soutien, ses propos dessinent une vision structurée du développement du football africain à l’heure où le continent dispute pour la première fois une Coupe du monde avec dix représentants.

Un objectif chiffré, une conviction ancrée dans l’histoire

« Bafana Bafana doit être dans le top dix mondial. C’est faisable. Nous avons le talent », a affirmé Motsepe, évoquant ses souvenirs d’enfant à l’Orlando Stadium, dans le quartier de Soweto, berceau historique du football sud-africain. Ce stade, qui a vu éclore des générations de joueurs durant les décennies de ségrégation où les compétitions raciales cloisonnaient le sport, incarne à lui seul la profondeur culturelle du football en Afrique du Sud.

Cette profondeur n’est pas anecdotique. L’Afrique du Sud est l’un des rares pays du continent à avoir organisé une Coupe du monde – en 2010 – et à disposer d’une infrastructure footballistique relativement développée, avec une ligue professionnelle ancienne et des académies de formation actives. Pourtant, le classement FIFA de Bafana Bafana oscille depuis des années bien en dessous du seuil évoqué par Motsepe, ce qui rend l’objectif audacieux mais pas dépourvu de fondement si les investissements suivent. « Cela demande de la détermination, de l’investissement et du travail. Il faut du temps. Nous avons la culture footballistique et le talent naturel. Nous y arriverons », a-t-il insisté.

L’élargissement à 48 équipes : développement ou dilution ?

La décision de la FIFA de porter le nombre de participants à la Coupe du monde de 32 à 48 équipes a suscité des débats nourris dans le monde du football. Ses détracteurs pointent un risque réel : des phases de groupes moins compétitives, des rencontres sans enjeu sportif véritable, et une logique commerciale prioritaire sur l’excellence sportive. Motsepe balaie ces critiques avec une lecture différente du rôle du tournoi.

Pour lui, la Coupe du monde ne saurait se réduire à un spectacle d’élite. « Le football a une obligation de développement. Nous devons créer des emplois, investir dans notre jeunesse, utiliser le football pour inspirer nos jeunes garçons et filles », a-t-il déclaré. Avec dix nations africaines présentes dans cette édition – un record historique -, le continent a effectivement gagné en visibilité et en expérience compétitive au plus haut niveau. Cet argument mérite d’être pris au sérieux : l’exposition répétée aux meilleures équipes mondiales constitue un accélérateur de progression pour les fédérations émergentes, à condition que les enseignements soient capitalisés sur le plan structurel. Pour aller plus loin, découvrez comment la Coupe du monde 2026 mobilise 170 arbitres pour une édition sans précédent.

Omar Artan, symbole d’une diplomatie sportive discrète

L’autre dossier évoqué par Motsepe concerne l’arbitre somalien Omar Artan, empêché d’entrer aux États-Unis pour officier lors de cette Coupe du monde dans des circonstances qui ont suscité une large indignation. La CAF est intervenue, et Artan a depuis été désigné pour arbitrer la Super Coupe de l’UEFA en août, entre le Paris Saint-Germain et Aston Villa – une distinction qui redonne une trajectoire internationale à un officiel injustement écarté.

« Il était très ému quand je lui ai annoncé ce que nous avions réussi à obtenir pour lui. Cela nous a rendu fiers », a confié Motsepe. L’épisode illustre le rôle croissant que jouent les instances continentales africaines dans la défense de leurs ressortissants sur la scène mondiale, au-delà de la seule gouvernance sportive.

Le football comme vecteur d’unité, pas comme tremplin politique

Motsepe a également replacé le football dans le contexte plus large des relations sociales et continentales de l’Afrique du Sud, insistant sur sa capacité à rassembler des communautés divisées par l’histoire raciale, religieuse et ethnique du pays. Dans une conjoncture où les tensions identitaires restent vives sur le continent, ce cadre symbolique n’est pas anodin.

Sur les spéculations le concernant personnellement – une candidature à la présidence de la FIFA ou à celle de l’Afrique du Sud -, sa réponse a été sans détour. « La FIFA ne m’excite pas. L’Afrique du Sud n’a pas besoin de moi. » Rare moment de sobriété dans un univers où l’ambition politique se dissimule rarement derrière une fausse modestie. Motsepe semble vouloir que son héritage se lise sur les terrains, pas dans les urnes. Pour plus d’actualités, lisez aussi : Cent jours avant la Coupe du Monde 2026, le monde du football retient son souffle.

13