Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 9, 2026 à 11h15

La Coupe du Monde 2026 s’annonce comme la plus ouverte de tous les temps

Quarante-huit nations, trois pays hôtes, un trophée que cinq ou six équipes peuvent légitimement espérer soulever : la Coupe du Monde qui s’ouvre en Amérique du Nord cet été est peut-être la compétition la plus imprévisible de l’histoire du football international. L’Argentine de Lionel Messi arrive en championne en titre, mais les prétendants sérieux se comptent en dizaines, et la simple présence de nations comme Curaçao, la Jordanie ou Haïti rappelle avec force ce que la qualification à elle seule peut représenter pour un pays entier.

Les favoris : un titre à la portée de plusieurs nations européennes

La France dispose de l’armada offensive nécessaire pour atteindre une troisième finale consécutive. L’Espagne, portée par la victoire à l’Euro 2024, arrive avec la conviction intacte que son jeu de possession peut étouffer n’importe quel adversaire par grande chaleur. L’Allemagne, réveillée sous Julian Nagelsmann, a retrouvé une cohérence collective qui lui faisait défaut depuis plusieurs années. Et le Portugal de Cristiano Ronaldo voit peut-être s’ouvrir sa dernière fenêtre réelle pour décrocher le seul grand titre qui manque à une carrière sans équivalent.

L’Angleterre, elle, arrive sous la houlette de Thomas Tuchel avec une génération de joueurs assez talentueuse pour, enfin, mettre un terme à soixante ans d’attente. La question n’est plus de savoir si l’équipe est suffisamment dotée en talent, mais si elle peut surmonter le poids psychologique que font peser des décennies de désillusions. Dans un tournoi élargi à 48 équipes, avec davantage de matches pour trouver un rythme, les conditions sont objectivement favorables.

Les surprises possibles et les histoires humaines qui donnent du sens au tournoi

Ce Mondial ne se racontera pas uniquement à travers ses favoris. Le Maroc, qui avait atteint les demi-finales au Qatar en 2022, le Japon, dont la rigueur tactique force le respect depuis plusieurs cycles, et le Sénégal, vice-champion d’Afrique aux ressources athlétiques considérables, incarnent la profondeur inédite de cette édition. Les co-organisateurs – États-Unis, Mexique, Canada – bénéficieront d’un soutien populaire massif qui peut se transformer en atout psychologique non négligeable à mesure que la compétition avance.

Mais les histoires les plus saisissantes sont celles des nations qui accèdent à la scène mondiale pour la première fois ou presque. Curaçao, la plus petite nation jamais qualifiée en termes de superficie et de population, a failli ne pas y être : une pénalité annulée par la VAR en fin de match contre la Jamaïque a changé le cours de l’histoire d’un pays entier. L’Iraq, absent de la compétition depuis quarante ans, a arraché sa qualification face à la Bolivie dans des circonstances dramatiques – neuf minutes de temps additionnel, des préparatifs perturbés par un conflit armé, et au bout du compte une victoire 2-1 qui restera gravée dans la mémoire collective irakienne. Pour en savoir plus sur le retour de certaines nations, consultez Sept nations retrouvent la Coupe du Monde après des décennies d’absence forcée.

Haïti, elle, réalise un exploit d’une autre nature encore. Contrainte de disputer ses rencontres à domicile sur le sol de Curaçao en raison de l’instabilité sécuritaire qui ravage l’île depuis des années, la sélection haïtienne a quand même terminé en tête de son groupe de qualification devant le Costa Rica et le Honduras. Son sélectionneur n’a jamais pu se rendre physiquement en Haïti pour évaluer les joueurs locaux. Que cette équipe soit au départ de la compétition dans un groupe comprenant le Brésil, le Maroc et l’Écosse tient du prodige. À ce sujet, découvrez aussi Abde Ezzalzouli forfait pour le Mondial 2026, un coup dur majeur pour le Maroc.

Les coulisses d’un tournoi traversé par des tensions géopolitiques

La Coupe du Monde 2026 n’échappe pas aux remous du monde réel. L’Iran, 21e nation mondiale au classement FIFA, dispute ses matches de groupe aux États-Unis tout en étant obligée de s’installer au Mexique en raison des tensions diplomatiques et militaires entre les deux pays. Le président américain Donald Trump a publiquement mis en doute la légitimité de la participation iranienne. Sardar Azmoun, l’un des joueurs cadres de Team Melli, a été écarté du groupe après une publication sur les réseaux sociaux jugée déloyale par le gouvernement iranien. L’équipe joue, mais dans des conditions d’incertitude rarement vécues à ce niveau.

Le Qatar, de son côté, a suscité la controverse en obtenant de la FIFA que ses deux derniers matches de qualification se tiennent sur son sol, une dérogation difficilement justifiable sur le plan sportif. L’Arabie saoudite, après deux changements d’entraîneur en moins d’un an – Roberto Mancini remplacé par Hervé Renard, lui-même écarté en avril au profit de Georgios Donis -, aborde la compétition dans une instabilité institutionnelle qui tranche avec les investissements colossaux consentis dans le football national.

Ce que ce Mondial dit du football mondial

Le passage à 48 équipes n’est pas qu’une décision commerciale, même si les recettes supplémentaires générées par six matches de groupe de plus ne sont pas étrangères au choix de la FIFA. Ce format transforme en profondeur l’économie émotionnelle du tournoi : il offre une scène mondiale à des fédérations qui n’auraient jamais eu accès au financement, à la visibilité et au recrutement que procure une Coupe du Monde. La Nouvelle-Zélande, la Jordanie, Curaçao – ces qualifications ne sont pas des accidents. Elles sont le fruit de cycles de développement sur dix à quinze ans, rendus possibles en partie par l’espoir concret d’atteindre un jour la compétition ultime. Pour un autre exemple de retour historique, lisez Congo DR retourne en Coupe du Monde après cinquante ans d’absence.

Il reste à savoir si l’élargissement du tournoi dilue ou enrichit le spectacle au plus haut niveau. Les premières réponses seront données dès les matches de groupe, quand l’Allemagne ouvrira face à Curaçao, quand l’Iraq entrera dans l’arène contre la France, et quand Haïti tentera de tenir tête au Brésil. Dans le football international, rien n’approche la Coupe du Monde – et cette édition, plus que toute autre, en donne la preuve.

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