Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 9, 2026 à 15h18

La FIFA retire les billets de l’Iran : le Mondial américain confronté à une crise politique majeure

La Fédération iranienne de football a annoncé mardi que la FIFA lui avait retiré l’intégralité de son allocation de billets pour les trois matchs de groupe que disputera l’Iran aux États-Unis, privant de fait ses supporters de toute possibilité d’assister à la compétition. L’annonce intervient à quelques jours seulement du coup d’envoi du Mondial, et elle révèle au grand jour la collision frontale entre les ambitions universalistes du football mondial et les réalités géopolitiques d’un tournoi organisé en plein cœur d’une Amérique en guerre avec l’Iran.

Une éviction sans précédent dans l’histoire du Mondial

Chaque fédération nationale participant à la Coupe du monde est en droit de recevoir 8 % de la capacité de chaque stade pour ses rencontres – une pratique qui représente plusieurs milliers de billets par équipe. Ces contingents sont traditionnellement distribués aux supporters les plus fidèles, ceux qui suivent leur sélection lors des matchs à domicile comme à l’étranger. Pour l’Iran, dont les trois rencontres se jouent au stade des Rams de Los Angeles – une enceinte de 70 000 places – et à Seattle, cela représentait un volume d’environ 5 600 billets pour le seul match d’ouverture face à la Nouvelle-Zélande, le 15 juin.

La fédération iranienne affirme dans un communiqué relayé par des médias semi-officiels que cette allocation lui a été retirée « de manière inattendue » et qu’elle se trouve désormais dans l’incapacité de fournir « un seul billet » à ses fans. Elle met en cause les États-Unis, évoquant des démarches américaines visant à « entraver la présence de supporters iraniens dans les stades ». La FIFA, à qui incombe la pleine autorité sur les opérations de billetterie, n’avait pas encore répondu aux demandes de commentaires au moment de la publication de ces informations.

Le contexte politique impose son empreinte sur la compétition sportive

L’Iran et les États-Unis sont engagés dans un conflit militaire depuis fin février, une réalité qui pèse sur chaque aspect logistique de la participation iranienne à ce Mondial. L’équipe nationale, qui effectue à Inglewood sa septième apparition en phase finale masculine, a dû renoncer à son plan de préparation initial à Tucson, en Arizona, pour s’installer à Tijuana, ville frontalière mexicaine. Plusieurs dirigeants de la fédération se sont par ailleurs vu refuser des visas d’entrée sur le territoire américain.

À cette situation s’ajoute un fait encore plus préoccupant pour l’intégrité sportive de l’événement : les résidents iraniens sont soumis à une interdiction de voyager aux États-Unis depuis l’année dernière. Cette réalité limitait déjà de facto les possibilités pour les ressortissants iraniens d’assister aux matchs. La question des billets concernait donc davantage la diaspora iranienne, notamment celle présente sur le sol américain, qui attendait de pouvoir acquérir le contingent fédéral via les canaux officiels depuis le tirage au sort de décembre.

Le problème ne se limite pas à l’Iran. Un arbitre somalien désigné par la FIFA pour officier lors du tournoi a été refoulé à Miami en fin de semaine dernière et a depuis été retiré de la liste des officiels. Un joueur irakien a été retenu plusieurs heures à l’aéroport de Chicago à son arrivée, et un photographe accompagnant la délégation irakienne s’est vu interdire l’entrée sur le territoire. Ces incidents successifs ont amené Piara Powar, directeur du réseau Fare – partenaire officiel de surveillance anti-discrimination de la FIFA – à prendre publiquement la parole : « La perturbation est telle qu’il faut se demander qui dirige vraiment cette Coupe du monde. Est-ce la FIFA ou le gouvernement américain avec ses politiques migratoires à connotation raciale ? »

La parole passée de Gianni Infantino se retourne contre la FIFA

En 2017, alors que les responsables du football américain préparaient leur candidature commune avec le Canada et le Mexique – candidature finalement victorieuse l’année suivante -, Gianni Infantino avait posé une condition claire et publique : « Toute équipe, y compris ses supporters et ses officiels, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays hôte. Sans cela, il n’y a pas de Coupe du monde. » Ces mots, prononcés neuf ans avant le début de ce tournoi, résonnent aujourd’hui comme un engagement que l’institution qu’il dirige est incapable, ou peu désireuse, de faire respecter.

Cette tension met à nu une contradiction structurelle du modèle de la FIFA : l’organisation revendique une autorité totale sur la compétition, mais elle délègue de facto à l’État hôte des décisions souveraines – contrôle des frontières, délivrance des visas, sécurité – qui peuvent contredire ses propres principes. L’attribution de la Coupe du monde 2026 à un pays engagé dans des opérations militaires actives contre l’un des participants qualifiés n’avait pas été anticipée lors du choix de la candidature en 2018, et la FIFA se retrouve aujourd’hui sans outil juridique ou diplomatique apparent pour y faire face.

Un tournoi sous tension avant même le premier coup de sifflet

Le Mondial 2026 s’ouvre officiellement jeudi au Mexique, mais le tableau qui se dessine avant même ce coup d’envoi est celui d’une compétition déjà ébranlée dans sa légitimité universelle. Le retrait des billets iraniens, s’il est confirmé, constituerait une première dans l’histoire de la compétition : jamais une équipe qualifiée n’avait été aussi frontalement privée de sa représentation de supporters en raison d’un contexte politique extérieur au sport.

Pour la FIFA, l’enjeu va au-delà du cas iranien. Si l’organisation ne publie pas rapidement une réponse claire sur les modalités du retrait de ces billets et sur les mesures qu’elle entend prendre pour garantir l’accès équitable de toutes les délégations, elle risque de valider, par son silence, l’idée que les grandes compétitions internationales peuvent être instrumentalisées par les États hôtes. Ce serait une atteinte durable à la crédibilité d’une institution déjà fragilisée par des décennies de scandales de gouvernance. Pour d’autres équipes, comme la Congo DR ou le Portugal, la question de l’accès au Mondial reste aussi un enjeu majeur.

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