Mondial 2026 : treize fédérations africaines et caribéennes recadrent sèchement Ceferin
Une déclaration collective, transmise à l’AFP ce dimanche, réunit treize fédérations nationales pour rejeter les propos du président de l’UEFA Aleksander Ceferin, qui avait qualifié de nombreux matchs du Mondial 2026 de rencontres “sans intérêt”. Parmi les signataires figurent le Maroc, le Sénégal, l’Algérie, la Côte d’Ivoire ou encore Haïti – autant de nations dont la qualification pour la compétition représente, selon elles, bien plus qu’un simple match de football. La riposte est ferme, unanime et portée à l’échelle internationale.
Des mots qui révèlent une fracture ancienne dans la gouvernance du football mondial
Interrogé par une télévision slovène, Ceferin avait estimé que le passage de 32 à 48 équipes pour la Coupe du monde 2026 – co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique – allait générer des matchs dénués d’intérêt sportif. Cette édition prévoit 104 rencontres au total, soit une augmentation considérable par rapport aux 64 matchs du format précédent. Pour le dirigeant européen, plus de matchs signifie inévitablement une dilution du niveau d’exigence sportive.
Ce raisonnement, défendable sur le plan strictement compétitif, achoppe sur une réalité que treize fédérations ont jugé bon de rappeler sans détour : le football de haut niveau n’est pas exclusivement un produit télévisuel calibré pour les marchés d’Europe occidentale. Pour le Cap-Vert, la Jordanie, Curaçao ou l’Ouzbékistan, qui participent à leur première ou quasi-première Coupe du monde, cette qualification constitue un événement générationnel. Minimiser leur présence sur la scène mondiale revient à ignorer ce que représente réellement la compétition pour des millions de supporters hors des circuits traditionnels.
“Le football n’appartient pas à un groupe restreint de nations”
La formule, issue du communiqué commun, résume avec une clarté désarmante la nature du désaccord. Elle pointe une tension structurelle qui traverse la FIFA depuis des décennies : le fossé entre les puissances footballistiques historiques – européennes et sud-américaines – et le reste du monde, qui représente aujourd’hui la majorité des fédérations membres de l’instance internationale.
L’élargissement à 48 équipes, voulu par la FIFA sous la présidence de Gianni Infantino, a précisément pour ambition de redistribuer cette représentativité. L’Afrique voit son contingent de qualifiés passer de cinq à neuf équipes pour 2026. L’Asie, les Amériques du Nord et Centrale, ainsi que l’Océanie bénéficient également d’allocations supplémentaires. Pour ses partisans, ce format élargi offre à des nations longtemps écartées une visibilité légitime et des retombées économiques et sociales concrètes. Pour ses détracteurs – dont Ceferin semble faire partie – il affaiblit la densité sportive d’un tournoi dont la valeur repose en partie sur sa rareté.
Une critique venue de l’intérieur du système, mais perçue comme condescendante
Ce qui a choqué les fédérations signataires n’est pas tant la critique du format – débat légitime et ouvert – que la forme prise par les propos du président de l’UEFA. Déclarer des matchs “sans intérêt” depuis une position d’autorité dans le football mondial revient à émettre un jugement de valeur sur des équipes nationales qui ont pourtant rempli les mêmes critères de qualification que leurs adversaires européens. Le communiqué le dit explicitement : “Suggérer que ces matches soient d’une manière ou d’une autre moins importants est profondément décevant et témoigne d’un manque de reconnaissance envers les efforts, les sacrifices et les aspirations des joueurs, des entraîneurs, des clubs, des dirigeants et des supporters du monde entier.”
Pour des nations comme Haïti ou la République démocratique du Congo, qui retrouvent la Coupe du monde après une longue absence, la portée symbolique de la qualification dépasse le simple résultat sportif. Ces retours sur la scène internationale nourrissent une fierté nationale difficilement quantifiable mais réelle, et constituent un levier d’attractivité pour le développement du football local. Traiter ces matchs comme des intermèdes négligeables, c’est méconnaître la fonction sociale et politique que remplit le football dans ces contextes.
Un débat qui ne fait que commencer avant le coup d’envoi de juillet
La Coupe du monde 2026 ne débutera qu’à l’été prochain, mais la controverse autour de son format est déjà lancée. La réaction collective de ces treize fédérations marque un point d’inflexion : pour la première fois de manière aussi coordonnée et publique, des nations du Sud global font front commun pour défendre leur légitimité sur la scène mondiale du football face à une parole venue des institutions européennes. Ce n’est pas seulement une querelle de forme. C’est un rappel que la gouvernance du football, à mesure que le sport se mondialise, ne peut plus fonctionner selon une hiérarchie implicite où certains matchs valent plus que d’autres selon leur géographie.
Aleksander Ceferin n’a pas encore répondu publiquement à ce communiqué. Mais la vivacité de la réaction – treize nations, un texte soigneusement rédigé, une diffusion immédiate à l’AFP – indique que la question ne sera pas close avant le coup d’envoi du premier match, prévu le 11 juin 2026.