Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le juin 14, 2026 à 21h56

Azizi appelle le football à s’élever au-dessus des tensions entre l’Iran et les États-Unis

En 1998, Khodadad Azizi échangeait son maillot avec un joueur américain au terme d’un match de Coupe du monde entré dans la légende pour ses gestes de fraternité autant que pour son résultat. Vingt-sept ans plus tard, la légende du football iranien confie à l’AFP son inquiétude face à un tournoi qu’il juge envahi par la politique, alors que l’équipe nationale s’apprête à disputer sa première rencontre dans une Coupe du monde co-organisée par les États-Unis – pays avec lequel Téhéran est officiellement en guerre depuis février.

Le souvenir de 1998 : quand le football jouait les médiateurs

Le 21 juin 1998, au Stade de Gerland à Lyon, l’Iran battait les États-Unis 2-1 dans ce qui constituait la première confrontation entre les deux nations en phase finale de Coupe du monde. Le contexte géopolitique était déjà lourd – les relations diplomatiques entre Washington et Téhéran restaient rompues depuis la crise des otages de 1979 – mais les images retenues par l’histoire furent celles de l’apaisement : des fleurs échangées avant le coup d’envoi, des artisanats iraniens offerts par le capitaine et gardien Ahmadreza Abedzadeh à l’équipe adverse, et une photo de groupe proposée par les organisateurs pour symboliser la portée du moment.

Azizi, que les commentateurs iraniens surnommaient « la gazelle rapide » pour sa vivacité sur le terrain, se souvient de l’atmosphère avec une précision teintée de nostalgie. « À travers ce geste lors du match contre les États-Unis, nous voulions montrer que le football est au-dessus de la politique », dit-il. La FIFA récompensa les deux équipes du trophée du Fair-Play, consacrant officiellement ce que les images avaient déjà dit. Azizi, 54 ans, est aujourd’hui consultant télévisé en Iran. Sa voix porte donc autant le poids du témoin que celui de l’observateur.

2025 : des obstacles inédits avant même le coup d’envoi

La comparaison avec le présent est sévère. La sélection iranienne, surnommée Team Melli, a dû déplacer son camp de base de Tucson, en Arizona, vers Tijuana, ville mexicaine frontalière, après que les États-Unis auraient dans un premier temps refusé des visas à quinze membres de la délégation, dont le président de la fédération iranienne Mehdi Taj. Ces difficultés logistiques et administratives, sans précédent à ce niveau de compétition, ont précédé l’entrée en lice de l’Iran face à la Nouvelle-Zélande à Los Angeles lundi.

Azizi ne mâche pas ses mots face à cette situation. « Je n’ai jamais vu un tel niveau de sévérité concernant l’entrée des équipes », déclare-t-il, en contraste explicite avec ce qu’il décrit comme le « respect et la dignité » dont bénéficiaient les délégations en France en 1998. Sa critique s’étend à la FIFA, qu’il accuse de faiblesse institutionnelle : « En quoi l’Amérique est-elle différente de l’Allemagne ou de la France ? Les joueurs ont-ils vraiment le choix ? Ces problèmes surviennent à cause de la faiblesse de la FIFA. » L’instance dirigeante du football mondial se trouve ainsi directement mise en cause pour n’avoir pas garanti des conditions d’accueil uniformes et dignes à l’ensemble des nations participantes.

L’équipe concentrée, le débat politique relégué au vestiaire

Malgré ce contexte, Azizi se veut confiant sur les chances sportives de Team Melli. « Si nous battons la Nouvelle-Zélande, nous passerons notre groupe, et ce n’est pas une tâche difficile », affirme-t-il. L’Iran n’a jamais atteint le stade des huitièmes de finale en Coupe du monde – un objectif historique qui donnerait à cette campagne une dimension particulière, indépendamment des tensions diplomatiques. Selon Azizi, les joueurs eux-mêmes sont imperméables aux polémiques : via des applications de messagerie, ils lui auraient fait savoir qu’ils ne pensaient qu’au football. « L’équipe ne pense pas du tout à ces questions ; ils sont totalement concentrés sur le jeu. »

Sur le plan politique intérieur, Azizi balaie également les critiques émanant de dissidents iraniens qui reprochent à la sélection de servir de vitrine au régime. « Un joueur joue pour son pays, pas pour des raisons politiques », tranche-t-il. Cette position, celle d’une séparation nette entre le sportif et le politique, est précisément celle qu’il incarne depuis 1998 – avec la conviction que le football, à sa meilleure expression, construit des passerelles là où les gouvernements ont érigé des murs. Que cette conviction résiste à l’épreuve du présent, c’est ce que le terrain, lundi soir à Los Angeles, commencera à trancher.

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