Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le juin 14, 2026 à 20h20

Deschamps revendique ses ambitions mondiales et défend Mbappé face aux critiques

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, Didier Deschamps a levé tout doute sur les intentions de la France : les Bleus arrivent en Amérique du Nord pour gagner. Dans un entretien accordé au Guardian, le sélectionneur le plus titré de l’histoire de l’équipe de France a abordé sans détour la question du leadership de Kylian Mbappé, sa position sur le terrain et la place de la sélection parmi les favoris déclarés du tournoi.

Un capitaine qui trace sa propre voie

La question du leadership au sein du vestuaire français est l’une des plus scrutées depuis que Mbappé a hérité du brassard laissé vacant par Hugo Lloris. Deschamps a tenu à dissiper toute ambiguïté sur ce point. « Kylian, qui aujourd’hui est notre capitaine, avant de l’être écoutait et observait. Il n’a pas le même caractère ni la même personnalité qu’Hugo. Il assume ce leadership en dehors du terrain et aussi à l’intérieur », a-t-il déclaré.

Cette distinction est loin d’être anodine. Lloris incarnait un modèle de capitaine européen classique – discret, rassurant, dont l’autorité se manifestait davantage dans l’exemple que dans la parole. Mbappé, à 26 ans, construit une autorité différente, fondée sur son statut de meilleur joueur du monde et sur une parole rare mais pesée. « Quand il parle, il sait qu’il ne le fait pas en son propre nom, mais au nom de tous les joueurs », a souligné Deschamps. Ce positionnement – celui d’un porte-voix collectif plutôt que d’une figure solitaire – correspond à une conception moderne du leadership sportif, où l’intelligence émotionnelle compte autant que le palmarès individuel.

La polémique sur le poste, liquidée par les chiffres

Deschamps n’a pas masqué son agacement face aux débats récurrents sur la position de Mbappé en pointe. « Je dois être stupide, et beaucoup des entraîneurs qu’il a eus avant moi l’ont aussi été, pour le placer dans l’axe de l’attaque. Il joue dans une position centrale depuis trois ans, entre sa dernière période au PSG et ses deux saisons au Real Madrid », a-t-il répondu avec une ironie à peine voilée.

Cette sortie traduit une réalité tactique qui échappe parfois au débat médiatique. Le numéro neuf moderne n’est plus le renard des surfaces d’antan : il se déplace, combine, déclenche et exploite les espaces dans l’axe. Mbappé, dont la vitesse reste une arme redoutable, a progressivement adapté son jeu pour peser davantage dans le jeu combiné, notamment depuis son arrivée à Madrid. Le positionner en avancé central n’est donc pas un caprice tactique – c’est la conséquence logique de son évolution de joueur.

La France assume le statut de favorite

Rares sont les sélectionneurs qui osent endosser publiquement le costume du favori avant un tournoi majeur. Deschamps l’a fait avec une franchise désarmante. « Nous sommes parmi les favoris. Ce mot n’est pas tabou pour moi. Si nous avons ce statut aujourd’hui, c’est à cause de tout ce que nous avons fait et des résultats que nous avons obtenus ces dernières années. »

La France se présente au Mondial 2026 avec un bilan historique qui justifie pleinement cette posture. Champions du monde en 1998 sur leur sol, puis à nouveau en 2018 en Russie, finalistes en 2022 au Qatar après une remontée spectaculaire face à l’Argentine, les Bleus ont maintenu une régularité exceptionnelle dans les grandes compétitions internationales depuis une vingtaine d’années. Une troisième étoile consacrerait la génération dorée du football français comme l’une des plus prolifiques de l’histoire du tournoi.

Deschamps, une longévité bâtie sur les résultats

Le sélectionneur, en poste depuis 2012, a également évoqué les critiques qui accompagnent son mandat – plus vives en France qu’à l’étranger, selon lui. « À l’étranger, il y a peut-être plus de reconnaissance. Je voyage beaucoup et je sais très bien que la perception en dehors de la France est différente », a-t-il observé.

Cette remarque pointe un paradoxe connu du sport de haut niveau : les entraîneurs les plus efficaces sont souvent les moins célébrés dans leur propre pays, où les attentes tendent à effacer les accomplissements. Deschamps a conclu sur une vérité lapidaire : « Si je suis encore là, c’est parce que l’équipe de France a gagné beaucoup de matchs. Sinon, mon passage se serait terminé depuis longtemps, que ce soit de ma propre initiative ou par la décision de quelqu’un d’autre. » Treize ans à la tête de la sélection la plus médiatisée d’Europe constituent, à eux seuls, un argument difficile à contester.

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