Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le juin 16, 2026 à 21h57

La Tunisie limoge Lamouchi et confie les Aigles de Carthage à Hervé Renard

Cinq buts encaissés en un seul match suffisent parfois à précipiter l’irréparable. Dès le lendemain de la lourde défaite 5-1 concédée face à la Suède lors du premier match de groupe, la Fédération Tunisienne de Football a annoncé mardi la rupture anticipée du contrat de Sabri Lamouchi, nommant dans la foulée le technicien français Hervé Renard pour prendre les rênes de la sélection nationale. Une décision sans précédent dans l’histoire de ce Mondial 2026, qui fait de Lamouchi le premier entraîneur congédié depuis le coup d’envoi du tournoi.

Un bilan trop fragile pour résister à la tempête

Arrivé en janvier dernier avec un contrat courant jusqu’en 2028, Sabri Lamouchi n’aura pas eu le temps d’inscrire son empreinte sur cette équipe. En cinq matchs à la tête de la sélection tunisienne, il n’a obtenu qu’une seule victoire – un succès étriqué 1-0 contre Haïti en mars – avant de voir son équipe s’incliner successivement face à l’Autriche et à la Belgique lors des rencontres de préparation. Ces résultats préoccupants avaient déjà fragilisé sa position, mais c’est la débâcle face aux Suédois qui a scellé son sort. Une défaite de cet ampleur en phase de groupes d’un Mondial laisse peu de marge de manœuvre à une fédération soucieuse de ses résultats sportifs.

Lamouchi, ancien international ivoirien reconverti en entraîneur, avait pourtant montré des qualités avérées au fil de sa carrière sur les bancs européens et africains. Mais le contexte d’une Coupe du monde – pression maximale, calendrier compressé, enjeux symboliques forts – laisse une marge d’erreur quasi inexistante. La FTF a visiblement estimé qu’elle ne pouvait se permettre d’aborder les deux matchs restants, face au Japon et aux Pays-Bas, sans opérer un changement radical.

Renard, un artisan des grands coups sur la scène internationale

Le profil choisi pour relever ce défi est loin d’être anodin. Hervé Renard, 57 ans, est l’un des entraîneurs français les plus respectés sur la scène internationale, même s’il a construit l’essentiel de sa réputation loin des projecteurs des championnats européens les plus médiatisés. Ses deux sacres continentaux africains – avec la Zambie en 2012, exploit retentissant d’une sélection alors considérée comme outsider, puis avec la Côte d’Ivoire en 2015 – l’ont imposé comme un spécialiste de la gestion des équipes nationales en compétition à élimination directe.

Sa capacité à tirer le meilleur d’un groupe en un laps de temps réduit a été éclatante lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, où l’Arabie saoudite, qu’il entraînait alors, a réalisé l’une des surprises les plus mémorables du tournoi en battant l’Argentine – future championne du monde – en phase de groupes. Cette victoire lui a conféré un statut particulier dans le monde du football international : celui d’un entraîneur capable de mobiliser un collectif autour d’un objectif précis, même face à des adversaires objectivement supérieurs. Il a ensuite dirigé l’équipe de France féminine lors de la Coupe du monde 2023 et des Jeux olympiques de Paris, avant de retrouver l’Arabie saoudite pour mener les Faucons Verts jusqu’à la qualification pour cette édition 2026 du tournoi mondial.

Un défi presque insurmontable, mais pas sans espoir

La mission qui attend Renard est considérable. Avec une défaite inaugurale aussi sévère, la Tunisie se retrouve dans l’obligation de remporter ses deux derniers matchs de groupe pour espérer se qualifier pour le tour suivant – et encore, selon la configuration des autres résultats. Face au Japon, puis aux Pays-Bas, les Aigles de Carthage n’auront aucun droit à l’erreur.

Renard dispose néanmoins de leviers réels. Sa connaissance du football africain, sa maîtrise des dynamiques de vestiaire en tournoi court et sa capacité démontrée à réorganiser tactiquement une équipe en quelques jours sont des atouts précieux dans cette configuration d’urgence. L’histoire récente du football montre que des sélections en difficulté après un premier revers peuvent se redresser lorsqu’un changement de méthode ou de message vient relancer la dynamique collective.

La fédération a précisé que la question d’un éventuel contrat à long terme avec Renard serait examinée à l’issue du tournoi, les deux parties devant alors évaluer les objectifs sportifs communs. Pour l’heure, l’urgence est ailleurs : rendre aux Tunisiens la fierté d’une Coupe du monde qui a très mal commencé, et démontrer que ce groupe est capable de se transcender quand tout semble perdu.

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