Issa Ouédraogo Auteur : Issa Ouédraogo Posté le 02/08/2026 - 22:58 Transferts

Le football africain redessine sa hiérarchie sur le marché des transferts

La signature de Peter Shalulile par les Young Africans marque un tournant symbolique pour le football continental. Qu’un club tanzanien parvienne à convaincre l’un des attaquants les plus prolifiques du continent, auteur de 136 buts sous le maillot du Mamelodi Sundowns, en dit long sur le rééquilibrage financier à l’œuvre en Afrique de l’Est. Ce mercato estival 2026 confirme aussi une tendance plus large : partout, les grands clubs historiques revoient en profondeur leurs effectifs, sous la contrainte parfois, par ambition souvent.

La Tanzanie, nouvel épicentre du marché

En s’attachant les services de Shalulile, les Young Africans retrouvent surtout une complicité éprouvée : celle qui unit l’attaquant namibien à son entraîneur Manqoba Mngqithi, artisan de ses années les plus abouties à Pretoria. Ce transfert ne se limite pas à un coup d’éclat isolé. Il s’accompagne des arrivées de Cheick Ibrahim Toure, Hussein Zakwani et Albert Kangwanda, dessinant une équipe conçue pour dominer la sous-région et exister sur la scène continentale. En face, Simba SC répond avec une reconstruction méthodique menée par Steve Barker : Ibrahim Jabar et Keletso Makgalwa engagés jusqu’en 2028, Nathaniel Chilambo arraché à Azam FC. Le derby de Dar es-Salaam, déjà l’un des plus intenses du continent, s’annonce comme un baromètre de cette montée en puissance est-africaine.

Nord et sud, deux logiques de reconstruction

En Tunisie, l’Espérance de Tunis tire les leçons d’une saison décevante en championnat en procédant à la plus vaste refonte de la région, avec sept recrues mêlant jeunes talents locaux et profils formés en Europe. Une stratégie qui traduit une volonté de renouvellement générationnel plutôt qu’un simple ajustement d’effectif. Au Maroc, la logique diffère : le Wydad AC mise sur l’expérience et le leadership, rapatriant Ayman El Hassouni et Yahya Jabrane tout en solidifiant sa défense. Le Raja réplique sur le même terrain défensif, tandis que la RS Berkane négocierait l’arrivée du gardien international capverdien Vozinha, révélé lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2026. En Afrique du Sud, Mamelodi Sundowns amorce sans drame l’après-Shalulile, signe d’une politique de recrutement structurée davantage autour d’un projet que d’un joueur.

L’Égypte, miroir des inégalités structurelles

Le contraste égyptien illustre une réalité souvent négligée : la performance sportive dépend d’abord de la solidité institutionnelle. Al Ahly, champion d’Afrique en titre, poursuit sa politique de renouvellement offensif avec Monsef Bakrar et Soufiane Benjdida, tout en intégrant des jeunes issus d’ENPPI. Pyramids FC opte pour un recrutement défensif ciblé après le départ d’Ali Gabr. Zamalek, en revanche, subit une interdiction d’enregistrement de la FIFA liée à des litiges juridiques et financiers non résolus. Privé de nouvelles signatures, le club doit composer avec les seuls retours de prêt et la vente forcée d’un défenseur pour générer des liquidités. Cette situation rappelle que les règles de la FIFA en matière de dettes et de contentieux ne sont pas de simples formalités administratives : elles peuvent geler un club de première division en pleine préparation de saison.

Un marché encore loin d’être figé

Le cas du TP Mazembe interroge autant qu’il rassure. Libéré de son interdiction de recrutement depuis février 2026 après le règlement du litige Ben Malango, le club congolais n’a pourtant procédé à aucune signature majeure, signe possible d’une prudence financière retrouvée après des années de turbulences. À l’inverse, les négociations en cours au Wydad et à Berkane suggèrent que les mouvements les plus significatifs restent à venir avant la clôture des inscriptions et le lancement de la phase de groupes continentale. Ce mercato 2026 dessine ainsi une Afrique du football à deux vitesses : d’un côté des clubs est-africains en pleine ascension financière, de l’autre des institutions historiques contraintes de conjuguer ambition sportive et rigueur de gestion. Pour suivre l’évolution des championnats africains, consultez notre article sur le suspense serré en Zambie ou encore les Léopards de RDC en demi-finales.

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