Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 14, 2026 à 20h30

Le Groupe F du Mondial 2026 entre en scène avec quatre prétendants sérieux

Ce dimanche 14 juin, le groupe F de la Coupe du monde 2026 dispute ses deux premières rencontres : Pays-Bas contre Japon, et Suède contre Tunisie. Quatre sélections aux identités tactiques radicalement différentes, mais qui partagent une conviction commune : elles ont les moyens de passer le premier tour. Sur le papier, ce groupe est l’un des plus équilibrés du tournoi – et peut-être l’un des plus imprévisibles.

Les Pays-Bas, favoris fragiles d’une poule sans certitude

Les Pays-Bas arrivent en tant que candidats les plus clairement identifiés à la tête du groupe, classés parmi les huit nations les mieux placées pour remporter le titre. Ronald Koeman dirige une équipe qui a troqué la flamboyance offensive des générations précédentes contre une solidité défensive de premier ordre. Virgil van Dijk en est le symbole, entouré de Jurriën Timber, Micky van de Ven et Denzel Dumfries – un quatuor arrière qui évolue dans les plus grands clubs européens et constitue l’ossature réelle de cette sélection.

L’absence de Xavi Simons, blessé, prive le milieu de terrain de sa principale source de créativité. Mais c’est en attaque que la question la plus scrutée se pose : Memphis Depay, meilleur buteur de l’histoire des Oranje avec 55 réalisations en sélection, a confirmé sa présence après deux mois de blessure. Koeman l’a qualifié de « pièce clé » pour la réussite du tournoi. Le talent est indéniable ; le niveau de forme, moins certain. C’est précisément cette incertitude qui rend ce premier match contre le Japon plus ouvert qu’il n’y paraît. Après l’élimination en quarts de finale contre l’Argentine au Qatar, l’ambition est clairement affichée : aller plus loin.

Le Japon et la Suède, deux ambitions construites sur des bases solides

Le Japon aborde ce Mondial avec deux blessures majeures à gérer. Wataru Endo, capitaine et milieu de Liverpool, a dû mettre un terme à sa carrière internationale à 33 ans en raison d’une blessure au pied. Kaoru Mitoma, ailier du Brighton réputé pour sa vitesse et sa technique, est lui aussi forfait. Des pertes considérables pour Hajime Moriyasu, dont la marge de manœuvre offensive se trouve réduite dès l’entame du tournoi.

Pourtant, les Samouraïs Bleus ne se présentent pas en victimes désignées. Leur victoire contre l’Angleterre à Wembley en mars constitue une référence récente sérieuse. Takefusa Kubo, à la Real Sociedad, et Ayase Ueda, meilleur buteur de l’Eredivisie la saison passée avec Feyenoord, incarnent une génération formée intégralement dans les championnats européens. Le Japon dispute ici sa huitième Coupe du monde consécutive – une régularité qui en dit long sur l’évolution structurelle du football nippon depuis les années 1990.

La Suède, elle, retrouve le Mondial après huit ans d’absence. Son atout principal est aussi son argument le plus immédiat : Alexander Isak et Viktor Gyökeres forment l’une des paires d’attaquants les plus redoutées du moment. Gyökeres, auteur d’une saison exceptionnelle au Sporting de Lisbonne, a inscrit le but qui a qualifié la Suède via la repêchage de la Ligue des nations, face à la Pologne à la 88e minute. Graham Potter, arrivé sur le banc en novembre dernier, doit désormais transformer ce collectif en un groupe capable de rivaliser avec les Pays-Bas et le Japon. La Suède compte treize participations mondialistes et une finale en 1958 – la mémoire footballistique est là, il faut en faire une ressource plutôt qu’un poids.

La Tunisie, l’adversaire que personne ne devrait sous-estimer

La Tunisie est, statistiquement, la moins bien classée des quatre équipes du groupe. Mais elle s’est qualifiée de manière spectaculaire : neuf victoires et un nul dans les éliminatoires de la CAF, vingt-deux buts marqués, zéro encaissé. Aucune autre sélection africaine en phase de qualification n’a affiché un tel bilan défensif. C’est une donnée concrète, pas un détail.

Le souvenir de Qatar 2022, où les Aigles de Carthage avaient battu la France, championne du monde en titre, reste dans toutes les mémoires. Ce résultat n’était pas un accident statistique : il reflétait une organisation collective, une discipline tactique et une capacité à élever son niveau dans les grands rendez-vous. Sabri Lamouchi, arrivé à la tête de la sélection en janvier, s’appuie sur une défense à quatre et sur une nouvelle génération de joueurs, dont une large part évolue en Europe.

Le nouveau format du Mondial 2026 à quarante-huit équipes crée un contexte inédit : huit des meilleurs troisièmes se qualifient pour les huitièmes de finale. Pour la Tunisie, une seule victoire peut suffire à maintenir ses espoirs vivants jusqu’au dernier match. Ce calcul modifie la psychologie de tout le groupe – y compris pour les favoris, qui n’ont plus le luxe de traiter aucun adversaire avec condescendance.

Un format inédit qui redessine les enjeux stratégiques

Au-delà des équipes elles-mêmes, le groupe F illustre une réalité structurelle du nouveau Mondial : le classement final du groupe détermine non seulement la qualification, mais aussi l’adversaire potentiel en huitièmes. Les analystes ont rapidement identifié qu’un deuxième place dans certains groupes pourrait impliquer un croisement avec le Brésil dès le premier tour à élimination directe. Ce paramètre transforme la conquête de la première place en enjeu stratégique de premier ordre, dès le coup d’envoi de la première journée.

Quatre nations, quatre projets footballistiques distincts – et une table de classement encore vierge. Ce dimanche, elle commence à s’écrire.

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