Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 16, 2026 à 22h58

Al Ahly confie son avenir à Houcine Ammouta, premier entraîneur marocain de l’histoire du club

Le club cairote Al Ahly a officialisé ce lundi la nomination de Houcine Ammouta au poste d’entraîneur principal de son équipe première, marquant une rupture nette avec la courte parenthèse danoise incarnée par Jes Torup. Le technicien marocain, 53 ans, s’engage pour deux saisons et devient ainsi le premier ressortissant du Maroc à diriger le club le plus titré du continent africain. La décision a été entérinée par le conseil d’administration présidé par Mahmoud El Khatib, dans le cadre d’une restructuration plus large du département football proposée par le vice-président Yassine Mansour et le directeur des affaires sportives Sayed Abdelhafiz.

Une nomination sous pression, après une saison de désillusions

Le limogeage de Jes Torup n’a rien d’une surprise. La saison écoulée avait laissé des traces profondes dans l’institution cairote : le titre de champion d’Égypte est retourné dans les mains du Zamalek, rival historique et ennemi intime, tandis qu’Al Ahly s’est incliné en quarts de finale de la Ligue des champions de la CAF face à l’Espérance Sportive de Tunis. Pour un club dont l’identité se confond avec l’excellence continentale – Al Ahly compte parmi ses distinctions un nombre record de titres africains – ces revers ont suffi à précipiter une remise à plat complète du staff technique.

Le choix de confier ce chantier à Houcine Ammouta traduit une volonté de réconcilier ambition et pragmatisme. L’intégration de Yasser Radwan, ancien joueur emblématique du club, au poste d’entraîneur adjoint, répond quant à elle à un besoin de continuité culturelle et de légitimité interne, tout en signalant que la direction n’entend pas tout bouleverser.

Un palmarès construit sur plusieurs scènes africaines et arabes

Houcine Ammouta n’arrive pas en terra incognita dans le football africain. Son parcours s’articule autour de réussites concrètes, obtenues dans des contextes très différents. Avec le Wydad Casablanca, il a remporté le championnat marocain et, en 2017, la Ligue des champions de la CAF – aux dépens d’Al Ahly lui-même, ce qui confère à sa nomination une saveur particulière. Avant cela, il avait conduit le FUS Rabat à la victoire en Coupe de la Confédération africaine en 2010, démontrant sa capacité à gérer des clubs de stature intermédiaire jusqu’au titre continental.

Sur la scène internationale, il a décroché le titre de la Qatar Stars League avec Al Sadd en 2013, puis a accompli ce que peu de sélectionneurs avaient réussi avant lui en Jordanie : qualifier l’équipe nationale pour sa première finale de la Coupe d’Asie en 2023. Ce passage en sélection jordanienne a mis en lumière une aptitude à construire rapidement une ossature tactique solide avec des effectifs limités – une qualité que les dirigeants d’Al Ahly ont vraisemblablement jugée transférable à leur projet. Son titre le plus symbolique reste cependant la victoire au Championnat d’Afrique des nations (CHAN) 2020 avec la sélection marocaine des joueurs locaux, une compétition qui teste précisément la capacité d’un technicien à valoriser ce qui est disponible, sans recours aux stars évoluant à l’étranger.

Un signal fort pour le football maghrébin sur la scène arabe

Au-delà du simple recrutement, la nomination d’Ammouta porte une signification symbolique que le monde du football arabe ne manquera pas de relever. Al Ahly est une institution : ses supporters se comptent en dizaines de millions à travers l’Égypte et le continent, son histoire se confond avec celle du football africain moderne, et chaque décision de son conseil d’administration est scrutée bien au-delà des frontières égyptiennes.

Qu’un technicien marocain franchisse pour la première fois ce seuil illustre une tendance de fond : la montée en puissance des entraîneurs africains formés sur le continent, capables de rivaliser avec des profils européens pour les postes les plus exposés. Le succès du Maroc à la Coupe du monde 2022, où la sélection nationale a atteint les demi-finales sous la direction de Walid Regragui, a contribué à redessiner la perception internationale des compétences tactiques issues du football marocain. Ammouta s’inscrit dans cette dynamique, même si son profil et sa carrière sont antérieurs à cet élan médiatique.

La véritable mesure de cette nomination se fera sur le terrain, dans les prochains mois, lorsque Al Ahly devra reconquérir son titre domestique et retrouver sa place dans le dernier carré de la compétition continentale. C’est à cette aune, et à aucune autre, que l’histoire retiendra le nom d’Houcine Ammouta dans les archives du plus grand club d’Afrique.

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