Éymael défend l’Afrique du Sud, éliminée cruellement par le Canada au Mondial 2026
Un but d’Eustaquio dans les arrêts de jeu a suffi au Canada pour écarter l’Afrique du Sud sur le score de 1-0 lors des huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, dimanche au Los Angeles Stadium. Une élimination que le technicien belge Luc Eymael, ancien entraîneur de plusieurs clubs sud-africains, juge particulièrement sévère pour les Bafana Bafana. « Je pense que l’Afrique du Sud méritait mieux », a-t-il déclaré à Flashscore.
Une défaite cruelle au terme d’un match maîtrisé
Pendant l’essentiel de la rencontre, l’Afrique du Sud avait su neutraliser un Canada qualifié de droit en tant que co-organisateur du tournoi. Les hommes de Hugo Broos ont affiché une solidité défensive réelle, produisant même quelques séquences séduisantes balle au pied en première période. Mais leur inefficacité devant le but, vieille lacune structurelle du football sud-africain selon Eymael, les a condamnés à attendre un miracle qui n’est pas venu.
Le Canada a lui-même frôlé l’ouverture du score avant la pause : Aubrey Modiba a sauvé sur sa ligne une tête de Moise Bombito, avant que le gardien Ronwen Williams ne repousse brillamment une tentative de Tajon Buchanan. Puis, à la toute dernière minute du temps additionnel, Stephen Eustaquio a surpris tout le monde en frappant un ballon qui rebondissait à l’entrée de la surface, envoyant sa frappe dans le bas du filet. Le sort en était jeté.
« La façon dont ils ont encaissé ce but ne correspond pas aux standards que le coach exige », a souligné Eymael, qui connaît intimement le groupe pour avoir notamment entraîné Chippa United lors de son dernier passage dans le pays. Le technicien belge pointe toutefois une insuffisance plus ancienne et plus profonde : l’absence d’un buteur de premier rang, capable de concrétiser les occasions créées. Ce déficit chronique prive régulièrement l’Afrique du Sud d’une récompense à la hauteur de ses efforts collectifs.
Un bilan historique qui force le respect
Malgré la désillusion, la campagne sud-africaine au Mondial 2026 restera dans les annales. Les Bafana Bafana ont atteint pour la première fois de leur histoire la phase à élimination directe d’une Coupe du monde. Cette progression est indissociable du travail accompli par Hugo Broos, arrivé sur le banc en 2021 dans le cadre d’un contrat de cinq ans.
Eymael est catégorique sur ce point : « Il a fait un travail fantastique. Il a emmené l’Afrique du Sud à l’AFCON à deux reprises, a terminé troisième d’une CAN, et aujourd’hui au stade des huitièmes de finale de la Coupe du monde. Aucun entraîneur sud-africain avant lui n’avait fait mieux. » Broos a lui-même annoncé que ce Mondial serait son dernier match à la tête de la sélection, même si des discussions sont en cours pour qu’il supervise les qualifications à la CAN 2027, avant une retraite définitive.
L’Afrique du Sud a été versée dans le groupe D des qualifications pour la CAN 2027, aux côtés de la Guinée, du Kenya et de l’Érythrée. Le Kenya étant l’un des pays co-organisateurs du tournoi, il est déjà qualifié d’office, ce qui signifie qu’un seul billet de qualification sera à prendre dans ce groupe pour les Bafana Bafana.
La singularité d’un modèle bâti sur des joueurs locaux
Ce qui rend la performance sud-africaine encore plus remarquable, c’est la composition de l’effectif. Eymael le souligne avec insistance : contrairement au Maroc ou à l’Algérie, dont les sélections s’appuient très largement sur des joueurs évoluant dans les championnats européens, l’Afrique du Sud a disputé ce Mondial avec environ 90 % de joueurs issus de son championnat domestique.
« Vous ne pouvez pas comparer avec le Maroc, qui a 90 % de ses joueurs en Europe, ou l’Algérie, pareil. L’Afrique du Sud avait 90 % de joueurs locaux, et ils méritaient leur place », tranche-t-il. Cette réalité interroge sur les critères d’évaluation des sélections africaines, trop souvent mesurées à l’aune des seuls effectifs expatriés. Elle pose aussi la question du développement des championnats domestiques sur le continent, où la rétention des talents reste un défi majeur.
Paradoxalement, Eymael estime que bon nombre de ces joueurs auraient leur place dans des clubs européens : « Heureusement, tous les joueurs sud-africains méritent de jouer en Europe. Je les ai coachés, presque tous. Ils peuvent jouer partout en Europe sans problème. » Un constat qui illustre le fossé persistant entre le niveau individuel de certains footballeurs africains et les structures qui peinent encore à les valoriser à leur juste mesure avant que les clubs du Nord ne viennent les chercher.
Et maintenant, la reconstruction
L’avenir immédiat de l’Afrique du Sud dépendra en partie de la décision que prendra Broos dans les prochaines semaines. Partir sur ce record historique serait une sortie digne. Rester pour accompagner le groupe vers la CAN 2027 serait prolonger une œuvre inachevée. Eymael, lui, ne tranche pas mais résume la trajectoire avec une formule qui dit tout de sa vision du football : « Ce qui compte dans la vie, ce n’est pas combien tu manges, mais combien tu en avais avant, et combien tu peux te relever pour te battre à nouveau. »
Les Bafana Bafana rentrent chez eux sans trophée, mais avec une dignité intacte et un socle sur lequel construire. Pour une nation qui a accueilli la Coupe du monde en 2010 sans jamais en franchir le premier tour, atteindre les huitièmes de finale en 2026 n’est pas un simple résultat – c’est un signal.
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