Blaise Compaoré Auteur : Blaise Compaoré Posté le juin 14, 2026 à 21h34

La famille de Gleizes déplore le silence des stars du football français

Alors que la Coupe du monde bat son plein, la famille du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie, a exprimé publiquement sa déception face à l’absence de soutien des grandes figures du football tricolore. Invitée de l’émission C dans l’air sur France 5 samedi, elle a révélé avoir contacté Kylian Mbappé, Karim Benzema et Zinédine Zidane, sans obtenir de réponse publique de leur part. Un silence d’autant plus pesant que la mobilisation institutionnelle, elle, a bien eu lieu.

Un appel aux stars resté sans écho public

La démarche de la famille était mesurée : non pas une prise de position politique fracassante, mais un simple geste de solidarité de la part de joueurs dont l’audience mondiale dépasse celle de n’importe quelle institution médiatique. Mbappé, capitaine des Bleus, Benzema, figure tutélaire du football français à l’international, et Zidane, icône qui transcende les générations – chacun d’eux dispose d’une plateforme capable de porter une cause au-delà des cercles militants. La famille a précisé qu’elle continuerait de soutenir l’équipe de France, et qu’elle n’attendait qu’un geste symbolique, pas une déclaration de guerre diplomatique.

Ce silence contraste avec la mobilisation des instances sportives françaises. La Fédération française de football, la Ligue de football professionnel et plusieurs clubs français ont, selon la famille, manifesté un soutien actif. Ces structures, soumises à des obligations de gouvernance et de réputation institutionnelle, ont répondu là où les individus les plus influents sont restés discrets. L’écart entre engagement institutionnel et engagement personnel illustre une tension bien connue dans le sport de haut niveau : les stars, dont les intérêts commerciaux et les partenariats s’étendent souvent à l’échelle mondiale, arbitrent avec soin leurs prises de position publiques.

Gleizes, journaliste emprisonné pour avoir fait son métier

Christophe Gleizes, 37 ans, a été arrêté en mai 2024 en Algérie alors qu’il couvrait la Jeunesse sportive de Kabylie, club historique du football algérien. Placé d’abord sous contrôle judiciaire, il a été condamné en juin 2025 pour « apologie du terrorisme » – une qualification contestée par les défenseurs de la liberté de la presse – et incarcéré après cette condamnation à sept ans de prison. En mars, il a renoncé à son pourvoi en cassation, espérant ouvrir la voie à un éventuel pardon présidentiel.

La démarche a reçu un écho inattendu au plus haut niveau du sport mondial : le président de la FIFA, Gianni Infantino, a exprimé mercredi l’espoir que Gleizes puisse bénéficier de ce pardon et assister en personne à la compétition. Plus symboliquement encore, la FIFA lui a accordé une accréditation pour le Mondial, et il devrait avoir la possibilité de poser une question lors de la conférence de presse précédant le match France-Sénégal, le 15 juin – depuis sa cellule. Un geste fort de la part de l’instance internationale, qui rappelle que le journalisme sportif n’est pas une activité sans risque, y compris dans des contextes où le football est censé constituer un espace de dialogue.

Sport, liberté de la presse et diplomatie : une intersection délicate

L’affaire Gleizes met en lumière une réalité que les grandes compétitions sportives rendent plus visible sans nécessairement la résoudre : le football est un espace politique autant que sportif. Les journalistes qui couvrent des clubs dans des pays à gouvernance fragile s’exposent à des risques juridiques que leurs employeurs et le public sous-estiment fréquemment. La JSK, club fondé en Kabylie dans les années 1940, porte une histoire profondément liée aux tensions identitaires et politiques algériennes. Couvrir ce club, c’est couvrir bien plus que du football.

La question de la responsabilité des sportifs de haut niveau dans de tels dossiers n’a pas de réponse simple. Leur influence est réelle, mais leur exposition aux conséquences d’une prise de position – pression des sponsors, réactions diplomatiques, boycotts commerciaux – l’est tout autant. Ce calcul, invisible au public, explique en partie pourquoi les vestiaires restent souvent muets là où les institutions parlent. La famille Gleizes n’ignore pas cette mécanique. Elle a choisi d’en parler publiquement, non pour accabler, mais pour rappeler que derrière chaque Coupe du monde, des journalistes paient parfois le prix fort pour avoir simplement raconté le jeu.

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